The art to be a Monarch -Charkes III

Charles III face à Donald Trump : de l’art d’être monarque
Le Point
Être roi d’Angleterre, cela demande du tact. D’autant plus à Washington, quand il s’agit d’aborder des dossiers diplomatiques qui risquent de froisser son hôte.
Marc Roche
Publié le 30/04/2026
WASHINGTON, DC - APRIL 28: King Charles III and U.S. President Donald Trump drink a toast during a state dinner in the East Room of the White House on April 28, 2026 in Washington, DC. In his first visit to the U.S. as the British monarch, King Charles III addressed a joint meeting of Congress as part of a multi-day trip to the nation's capital, New York City, and Virginia celebrating the United States of America's 250th anniversary of its independence.   Andrew Harnik/Getty Images/AFP (Photo by Andrew Harnik / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)
Charles III et Donald Trump portent un toast lors du dîner officiel à la Maison-Blanche, à Washington, le 28 avril 2026. GETTY IMAGES VIA AFP/ANDREW HARNIK
Être roi d’Angleterre, ce n’est pas plus difficile que la plupart des autres choses que l’homme est capable d’accomplir sur cette Terre, cela demande néanmoins beaucoup de tact. La visite officielle de quatre jours que Charles III effectue aux États-Unis met en exergue un doigté à nul autre pareil grâce auquel l’on dit des choses sans en employer les mots.
Sur les cinq dossiers chauds des relations bilatérales, le souverain est parvenu à réprimander son hôte par le truchement de discours qualifié par le Times de « cour magistral destiné à la fois à apaiser et à mettre en garde en égale mesure ».
Otan, Iran, Ukraine, environnement… les sujets qui fâchent
Sur le premier dossier, l’Alliance Atlantique menacée par les foucades trumpiennes, Charles III a insisté sur « l’engagement et l’expertise des forces armées américaines et des alliés ». En ce qui concerne la guerre contre l’Iran, à l’origine des attaques du locataire du Bureau ovale contre le Premier ministre britannique Keir Starmer à propos du manque de soutien militaire d’Albion, Charles III a mis en exergue son expérience d’officier dans la Royal Navy.
Que Sa Majesté n’ait guère apprécié les moqueries de Donald Trump sur les déficiences de la marine nationale, jadis maîtresse des mers, est un euphémisme. Lors du banquet à la Maison-Blanche, il est resté impassible lorsque le président étasunien a déclaré que « Charles » partageait son opinion sur l’opportunité d’empêcher la République islamique d’acquérir l’arme nucléaire.
Ensuite, en réitérant la nécessité de soutenir l’Ukraine, un sujet qui lui tient à cœur, le chef de l’État britannique a critiqué mezza voce la position américaine en faveur d’un accommodement avec Moscou. Il a aussi réitéré la nécessité de défendre l’environnement, autre thème qui lui est cher, en évoquant « notre avoir irremplaçable le plus précieux ». Négateur du changement climatique, le « Chief » de la bannière étoilée n’a pas bronché.
Enfin il a mentionné les victimes du pédophile Jeffrey Epstein, « martyrs de maux qui, tragiquement, existent actuellement dans les deux sociétés ». Charles III et Donald Trump avaient, il est vrai, tout intérêt à enterrer ce dossier. Le monarque n’a pas reçu les femmes victimes du criminel sexuel et ses complices, soi-disant pour des raisons juridiques. Il a calmé les ardeurs des députés démocrates qui exigent que son frère Andrew Mounbatten Windsor, impliqué dans l’affaire, soit interrogé par une commission du Congrès. Pour sa part, le président américain est à nouveau sur la défensive depuis le discours surprise de son épouse Melania à propos des « mensonges qui m’associent à ce personnage infâme qui doivent cesser ».
Le grand art de Charles III
Pris entre une tradition de neutralité politique et diplomatique qu’il vénère depuis son accession au trône en 2022 et le désir d’être lui-même, Charles III oscille entre l’une et l’autre. De telle sorte que ses dérapages sont toujours contrôlés, ses envols calculés, ses erreurs rattrapées par sa ténacité et sa volonté de marquer un règne par essence court et de transition.
D’écarts en soumissions, de chutes en redressements, la route du prince de Galles aura été longue et sinueuse jusqu’au trône. Malgré le cancer – dont on ne connaît ni la nature ni la gravité –, le roi est aujourd’hui serein et confiant, ce qui lui permet de traverser les difficultés.
La mesure, l’empathie et l’humour ont permis à la « relation spéciale » entre le Royaume-Uni et sa fille aînée de sortir de l’ornière. Le roi s’est acquitté de sa feuille de route avec un art consommé et une diligente efficacité. L’autorité de cet être dépourvu d’aspérités ou d’agressivité repose sur la légitimité et l’Histoire. Sa diplomatie consiste seulement à mettre de l’huile dans les relations internationales. En répétant l’expression « mon gouvernement »  lors de son discours au Capitole, l’orateur a clairement indiqué à Donald Trump que son voyage avait été organisé à la demande du Premier ministre et que ses discours étaient contresignés par Downing Street. Du grand art.
Le roi a réussi à porter un coup adroit à l’autorité de Donald Trump sans que ce dernier, toujours souriant, s’en rende compte.
Anthony Seldon, biographe royal
Finies les manchettes empoisonnées de la presse d’outre-Manche à propos de l’affaire Andrew Mounbatten Windsor, les provocations de Harry et Meghan ou l’âpreté au gain des « Royals ». L’heure est aux commentaires dithyrambiques. Le biographe royal Anthony Seldon a bien résumé le sentiment général de l’opinion à l’issue de la tournée : « Face à un président imprévisible qui venait juste d’échapper à un attentat, le roi a réussi à porter un coup adroit à son autorité sans que ce dernier, toujours souriant, s’en rende compte. »
L’hebdomadaire de droite The Spectator va plus loin, en estimant que la démocratie américaine bien mal en point aurait peut-être besoin de l’assistance de la monarchie anglaise, « au-delà de la réparation du lien transatlantique, ce pinacle de civilité peut aider les Américains à surmonter leurs différences ». Bigre ! l’aïeul George III, qui perdit les treize colonies de la couronne il y a deux cent cinquante ans, peut désormais se reposer en paix.

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